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Opeth - Blackwater Park
Auteur : Fleug Note : 9 / 10
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Tracklisting :
01 The Leper Affinity
02 Bleak
03 Harvest
04 The Drapery Falls
05 Dirge For November
06 The Funeral Portrait
07 Patterns In The Ivy
08 Blackwater Park

Line-up :
Mikael Akerfeldt – Guitare, Chant
Peter Lindgren – Guitare
Martin Mendez – Basse
Martin Lopez – Batterie


Guest :
Steven Wilson – Guitare, Piano, Chant



Opeth signe ici son cinquième album studio et, pour beaucoup, son chef-d’œuvre. Blackwater Park est tout d’abord très metal, grâce à ses riffs de guitare incisifs, à sa batterie déchaînée et technique, et au chant grunt de Mikael Akerfeldt. Mais Blackwater Park, c’est aussi le premier album du groupe produit par Steven Wilson – et qui dit Steven Wilson dit guitares électriques, mais aussi acoustiques ! Ainsi, les Yamaha électro-acoustiques d’Opeth se retrouvent magnifiées par la production du maître anglais. Attention, l’album reste violent, bien plus qu’un album de Porcupine Tree (groupe de Steven Wilson).

Blackwater Park démarre très fort avec The Leper Affinity et ses riffs ravageurs. Cette introduction restera à jamais gravé dans ma mémoire comme une des plus grosses claques jamais données de la part d’Opeth : we entered Winter once again… Après une première partie avec un riff principal entêtant, et des power-chords à en faire frémir les producteurs de Mors Principium Est ou Dark Tranquillity, le groupe nous délivre le premier solo de guitare de l’album, qui n’a rien à envier aux envolées pentatoniques d’un Petrucci en grande forme ! S’en suit une reprise du riff, et un second solo, beaucoup plus mélancolique, avec un son tout de suite beaucoup plus cool. Puis vient l’interlude acoustique du morceau, où l’on découvre un Mikael en très grande forme, et où l’on se délecte de la production du sieur Wilson. La section finale du morceau rappelle quand à son début, si ce n’est que la batterie y est peut être encore plus impressionnante… Et tout se finit par quelques notes de piano : minimalistes et rêveuses. Un premier morceau somme toute très réussi, où l’on découvre l’énorme potentiel du groupe à composer des tubes de 10 minutes sans que l’on se lasse ne serait-ce que quelques secondes !

Et on enchaîner sur Bleak, et son riff encore plus entraînant que celui du morceau précédent. Le mariage des guitares électro-acoustiques et électriques est parfait, et les phases ambiantes avec un gros son bien metal se succèdent aux interludes acoustiques qui chatouillent l’oreille. La section rythmique accompli quand à elle un travail relativement original, avec quelques morceaux de bravoures comme un break pré-refrain tout bonnement jouissif ! Le refrain est probablement se qui constitue la marque de fabrique du morceau : entièrement chanté en voix claire par Akerfeldt et Wilson, il rappelle les refrains heavy des influences de Mikael, comme ceux de Deep Purple. Le solo qui suit le refrain a un son jazz pas désagréable du tout, et il est rythmé par une guitare acoustique discrète mais réussie. La fin du morceau rappelle The Leper Affinity musicalement : technique, et difficile à mémoriser. Le riff final se conclue sur une déformation électronique, pratique chère à l’ami Steven.

La troisième chanson de l’album est ce qu’on pourrait appeler la « ballade » de l’album. Bien entendu, si je dis ballade, ça veut dire relativement court (pour du Opeth), mais également structure classique (couplet refrain solo couplet refrain etc.) En effet, Harvest ne cherche pas à faire dans le complexe ou dans l’original, mais tend plutôt à être la quintessence de ce qu’on peut attendre de ce genre de morceau. Il rappelle fortement le morceau Lazarus de Porcupine Tree, en ce sens où la mélancolie atteint son paroxysme, et où chaque instrument est magistralement dosée pour créer une ambiance très « fumerie d’opium » (j’adore mes métaphores !) Que ce soit le solo jazzy, ou les rythmiques acoustiques, tout y est recherché. Malheureusement, le tout souffre d’être trop linéaire. Harvest est peut être un morceau un peu trop long en regard de sa structure et de son ambiance mélo – il n’en reste pas moins qu’il a sa place dans l’album comme une pause pour nos oreilles dans cet océan de guitares saturées.

The Drapery Falls nous ramène à la durée standard des morceaux d’Opeth, avec son intro ambiante. Le riff de basse est ici encore assez intéressant. Le chant débute peu après le retour des guitares acoustiques, avec cet effet « téléphone », que l’on retrouvera sur les albums ultérieurs, ainsi que sur certains Porcupine Tree. Par à-coups, la batterie et les guitares électriques reprennent du service, et la voix se fait moins plaintive et plus énergique. Le solo qui suit reste dans la veine de ce que l’on a pu entendre depuis le début de l’album, mais ne se démarque pas autant que ceux de The Leper Affinity. Le morceau monte ensuite en puissance avec l’introduction de la voix grunt, et un énervement caractérisé, notamment de la batterie. Puis tout s’arrête d’un seul coup, pour un court interlude de voix claire accompagnée de guitare acoustique, mais la déferlante de double pédale et de guitares saturées recommence bien vite, et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’on retrouve le riff de basse de l’intro du morceau, et toute cette partie ambiante, relativement réussie, quoiqu’un peu trop lente tout de même. Le morceau se termine en fade-out, excellent choix pour ce genre de musique : ambiante et mélancolique à souhait. Malgré sa construction assez particulière et ses nombreux interludes acoustiques (très réussis), The Drapery Falls reste selon moi un condensé d’ambiances, dans lequel même le solo n’arrive pas à se faire remarquer, et c’est bien dommage !

Les deux premières minutes de Dirge For November auraient aisément pu se retrouver sur l’album Damnation, tant cette chanson est calme de prime-abord. Le son des guitares électriques est le plus doux possible, jazzy, et plein de feeling. Mais c’est sans compter sur l’arrivée du gros son metal, qui comme dans The Drapery Falls forme une ambiance mélo, pas très originale, mais agréable. Les guitares se distinguent tout de même mieux sur ce morceau, et la voix grunt de Mikael rappelle fortement les heures les plus sombres de Swallow The Sun. On pourrait presque qualifier ce morceau de doom metal ! Un retour au calme s’effectue dans les deux dernières minutes, avec une guitare au son clean, qui répète inlassablement la même mélodie, sur différents tons. Un morceau assez réussi dans l’ensemble, mais qui comme le précédent souffre d’un manque d’originalité.

The Funeral Portrait s’affirme comme résolument death dès le départ avec un riff jouissif et entraînant ! Le morceau est en constante évolution, et contient des riffs tous plus excellents les uns que les autres. Excellents aussi, les petits breaks vers la 4ème minute rappellent The Drapery Falls. Le solo quand à lui est tout aussi réussi que celui de The Leper Affinity, et plus long, ce qui ne fait qu’accroître sa qualité ! Et encore une fois, le morceau se termine comme il a commencé sur un riff qui balance comme on les aime. Ca a beau tourner en rond pendant plusieurs minutes, on ne se lasse pas ! La toute fin est ponctuée de vocaux clairs de toute beauté, comme sur le refrain de Bleak (merci Steven et Mikael !), et d’un second solo de guitare avec un feeling incroyable.

Le titre éponyme de l’album est précédé d’une introduction acoustique bien sympathique (Patterns In The Ivy) comme Opeth saura si bien les faire par la suite (For Absent Friends, Reverie…) On retrouve Steven Wilson au piano. Martin Lopez opère, lui, une petite pause dans son avalanche de coups. Puis le morceau Blackwater Park en lui même débute, avec une intro heavy au possible et une guitare aigue lancinante en fond sonore, comme sur les couplets de Bleak… La voix fait son entrée sur un autre riff tout aussi lourd et puissant, puis c’est le tour des acoustiques de faire leur come-back, pour créer une ambiance assez glauque. Le retour aux électriques est brutal et accompagnement d’un hurlement terrifiant comme on les adore. C’est un fait, Blackwater Park est le morceau avec la musique la plus martiale qu’Opeth ait jamais composé ! Le solo est court, mais de qualité, et rappelle celui de Black Rose Immortal, sur l’album Morningrise. S’en suit une partie instrumentale avec de la double pédale, un riff de basse mis en valeur, des guitares lancinantes et puissantes quand il le faut, et une guitare acoustique qui contraste bien avec le reste. Les power-chords juste avant le riff final (soit dit en passant, ce riff est monstrueux) sont tout bonnement énormes. Les derniers vocaux sont parmi les plus brutaux jamais chantés par Akerfeldt : « the sun sets forever, over Blackwater Park ». Et le morceau se termine sur une petite guitare acoustique qui nous laisse rêveurs le peu qu’elle durera. Vous l’avez compris, ce titre est une pièce maîtresse de l’œuvre d’Opeth, au même titre que The Moor, ou plus tard Ghost Of Perdition…

En conclusion, si cet album tend à s’essouffler à mi-chemin, ce n’est que pour mettre en valeur la qualité de ses autres compositions. La majorité des titres de Blackwater Park sont des chef-d’œuvres et le reste est loin d’être mauvais. The Drapery Falls et Dirge For November sont simplement « classiques », ce qui, pour Opeth, reste un gage de qualité ! Si je devais lui donner une note sur 10, je lui attribuerais… allez 9, soyons fous ! Bonne(s) écoute(s) !
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