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Tales of Ithiria
Auteur : Seltharion Note : 8 / 10
Peu avant ses vingt années d’existence, la formation allemande Haggard révélait au milieu très select du ‘Renaissance-Baroque-Melodic-Death-Metal’ son dernier album en date, Tales Of Ithiria.’ Je me justifie d’avance après cette parodie de classification : quand bien même les étiquettes ne sont pas toujours les bienvenues dans le monde musical-et j’ose dire, particulièrement du Metal, dans lequel tant de nouveaux sous-sous-sous genres semblent émerger – Haggard a sans conteste possible un style et une approche musical à part, et à part entière. Le groupe, mené par le sémillant Assis Nasseri, est composé de quinze musiciens et chanteurs ( !), ce qui permet à la formation d’insérer, notamment en live, des instruments tels que le Hautbois, le cor, l’alto et le violoncelle et d’ajouter des voix classiques aux growls du chanteur/guitariste Asis (un ténor et trois sopranes absolument grandioses officient actuellement au sein du groupe.) Pour l’anecdote, Eppur si Muove a requis dix musiciens classiques de plus… Pour conclure avec la présentation, il est bon de noter qu’Haggard a, au fil de sa carrière, déjà acquis une notoriété non négligeable au vu de son style, et que Tales est loin d’être son premier jet : Après plusieurs démos et un premier album moins remarqué (And Thou Shalt Trust… The Seer), Awaking the Centuries et l’excellent Eppur si Muove ont lancé le groupe vers la reconnaissance.

Tales of Ithiria n’est pas, comme les deux sus-cités, un voyage historique dans vers la peste noire du Moyen-Âge ou la Renaissance italienne, mais narre l’histoire du monde fictif d’Ithiria. Chouette, un album concept ! Je vous rassure d’office, pas de livre sacré, de méchant sorcier et de noble héros (si les teutons commencent à marcher sur les plates bandes des italiens, ça va mal aller…), non non. Mais commençons par le commencement !

L’album peut être divisé en deux parties en ce qui concerne la profondeur narrative : Une voix d’un homme d’âge mûr retrace les évènements majeurs de l’histoire (par une mise en abîme, donc), les morceaux faisant le cadre des évènements eux-mêmes, antérieurs. Vous suivez ?

The Origin, le morceau d’ouverture, consiste en fait en une narration introductive sur fond de musique symphonico-épique narrant le commencement des malheurs du bon peuple d’Ithiria, attaqué 1700 ans auparavant par une bande de vils conquérants. Je vous rassure, c’est moins cliché qu’il n’y paraît : la musique d’ambiance rappelle clairement les BO des opus épiques (Hans Zimmer, sors de ce corps), mais quel son, mes enfants, quel son ! La production s’avère déjà excellente. Par ailleurs, ce genre d’introduction (beaucoup plus fréquente dans le Power Metal et consorts) est nouvelle chez nos Allemands.. auraient-ils emprunté un chemin parallèle, mais différent ?

Le second titre, Character I-Tales of Ithiria, est une logique d’Origin, dans la mesure où la narration des péripéties du peuple d’Ithiria est introduite (soit 1700 Automnes avant… vous suivez toujours ?)
Le style, quant à lui, est directement dans la continuité des anciens Haggard. Le ténor et la soprane (dont je vous parlais précédemment) s’échangent la parole avant de laisser place à des cordes on ne peut plus baroques, une flûte… et une harpe ! Une harpe ! Celle-ci suit d’ailleurs le chant dans les passages clairs, et sa sonorité cristalline s’harmonise sans trouble avec le doux ensemble musical. Le morceau continue ensuite sur une touche typiquement hagardienne (la clarinette donnant le thème sur le fond ultra saturé des guitaristes). On alterne ensuite, grosso modo, entre clair et saturé épique, et notons la belle performance finale de la soprane…

From Deep Within est un autre passage narratif du « Teller » des Tales, et offre très exactement vingt-six secondes « Le garçon arrive à la ferme, son père a été passé au fil du couteau, pas conteeeeeeeeeent ». On apprécie le rôle des interventions postérieures, qui structurent la trame générale, mais la courte durée du titre le rend quasiment inutile… revers de médaille ?

Character II-Upon Fallen Automn Leaves, s’ouvre sur une introduction très baroque. Trop baroque, à vrai dire, dans la mesure où la rupture entre les deux morceaux est flagrante. Je m’explique : On passe d’un monde rural et en guerre à une musique de cour. Le morceau en lui-même est par ailleurs très bon : On reste dans le Haggard traditionnel, rempli de growls, de guitares saturées, d’envolées lyriques tres haut dans les aigües, et en Allemand, par dessus le tout.

In des Konigs Hallen (dans le hall du Roi) est une valse tout à fait dans l’esprit Haggardien… encore une fois, presque trop. Et encore une fois, la rupture est infortunée… j’ai très clairement l’impression que le monde du concept n’est pas en harmonie avec le côté pompeux/col à fraise de lu monde de la Renaissance.

Chapter III-La Terra Santa, toutefois, semble trouver le compromis adéquat : l’introduction est classique, mais bien plus simple, et permet, à mon sens, de délivrer le vrai message élégiaque recherché. Des instruments intéressants sont utilisés : La harpe et la cloche, sur la montée du chant clair, et les violons rapides introduisent une dramatisation de l’action. Le chant sur fond saturé, comme de coutume, est assuré par Asis et les chanteurs classiques, mais les lignes mélodiques sont ici plus intéressantes que tout ce qu’Haggard a jamais produit dans le genre. Avant de me faire flageller, je me justifie : l’accent est mis sur la façon dont les voix classiques entre elles s’entremêlent, et je note, pour la petite histoire, deux passages particulièrement sublimes : 2.49 et 3.09… Il ne faut pas perdre de vue la raison narrative d’une telle beauté déclamative : « Bring me my sword/ And kiss me goodbye/Where Ithiria Falls … » A mon sens, un des meilleurs morceaux de l’album.

Vor der Sturme (Avant la tempête) évoque la marche des guerriers d’Ithiria vers la bataille. Petit plus : la qualité sonore. (Sisi, écoutez au casque, c’est impressionnant. Gros moins : le titre ne sert pas à grand-chose. Encore une fois, c’est dommage, car la voix ddu narrateur aurait pu être exploitée dans un morceau conséquent (sans sombrer dans le Rhapsody of Fire, pitié !)

Chapter IV-The Sleeping Child est une autre (très) bonne surprise. Encore une fois, le style ne change pas: passages classiques et rythmiques en double croches ; toutefois, l’accompagnement musical a été peaufiné (surtout au mixage, j’imagine) pour ne pas prendre une place trop dense dans la narration. Par ailleurs, les rythmiques sont avancées par nappes : Le volume et le niveau de distorsion des guitares et de la basse sont intelligemment réduits lors des passages de déclamation. C’est aussi un des grands plus de tout l’album : une production excellente. Enfin, la dernière claque du morceau : son solo de guitare. Attention, il n’est ni spectaculaire ni formidablement inspiré, mais il a le mérite d’être juste (mes oreilles de guitariste avaient frémi lors de l’écoute d’un des solos d’Awaking), et il est judicieusement conclu par un lick harmonisé. Un très bon morceau également, qui, comme Santa Terra, amorce le passage vers un Metal plus « power » , plus simple, qui semble vouloir se démarquer de ses influences ultra-classiques.

Hijo de La Luna, sans être extrêmement intéressant dans sa structure, est énergique et bien construit. Chantée exclusivement par une voix féminine (une première, il me semble) soutenue par violons et guitares, la valse est chantée en Espagnol… que votre humble serviteur ne maîtrise pas. J’aime à imaginer que le morceau est censé être un chant traditionnel du peuple d’Ithiria, ce qui renforcerait le côté concept.

Avec The Endless Fields, on croit revenir terrain connu : champs de bataille, épées, lances, tuer, tout ça. Et bien non ! C’est encore le vieil homme qui nous parle. Mais cette fois-ci, le titre est assez long pour être développé –et pour être tout à fait honnête, quel son ! J’aurais toutefois apprécié l’éternel cliché du « And the strong rule the weak »… Laissons à Manowar ce qui revient à Manowar.

Chapter V-The Hidden Sign conclut l’album avec ses orchestrations classiques, ses chœurs puissants et ses rythmiques rapides. Comme de coutume, des passages lents et clairs reviennent régulièrement –mention spéciale pour la partie au piano, très riche. Le titre s’achève sans surprise, sur un accord de puissance et un ultime growl.


Tales of Ithiria est un album intéressant sous deux aspects, donc –vous l’aurez compris. Je ne ferai pas de bilan global sous forme de « plus et moins », car je crois que c’est plus complexe que ça. J’applaudis (comme toujours) à l’initiative du concept imaginaire mais je crains que la musique médiévalusante du groupe ne soit pas toujours en accord avec cette nouvelle optique (j’ai mentionné par deux fois les ruptures.) Comme je l’ai dit, les morceaux dans la veine de Santa Terra font parfaitement l’affaire pour cette nouvelle « orientation »… Toutefois, comme dans la majorité des concepts que je connais, je reproche à la trame de n’être assez bien plantée, ni suivie. Mais j’imagine que tous les groupes n’ont pas 11 ans de leur vie à consacrer à l’invention d’une langue en vue de la production d’un concept-album d’un seul morceau… vous reconnaissez ?
Pour finir, l’évolution musicale d’Haggard n’est pas flagrante, mais perceptible. Je pense qu’un gros, gros travail de mix a été fait, pour alléger certains passages ou éviter que les instruments ne se marchent dessus… Je termine tout bêtement, « Un très bon album. »
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