En cette période de vacances, direction Milan pour accueillir le Progressive Nation 2009, festival itinérant proposant pour sa tournée en Europe Unexpect, Bigelf, Opeth, et bien sûr, Dream Theater, l'instigateur de cette tournée. Et c'est au Mediolanum Forum que la joyeuse troupe fait escale, salle qui a l'avantage d'être en périphérie et ainsi éviter d'avoir à subir le trafic italien . Une fois les centaines de stands de t-shirts au marché noir passés, on peut sagement attendre, et c'est aux alentours de 18h30 que les cinglés d' Unexpect prennent la scène d'assaut.
Unexpect :
Et bien, on peut dire que l'on a vu plus doux comme mise en bouche ! Pour situer, Unexpect pratique un mélange foutraque entre folk extrême à la Eluveitie, hardcore, death, black, hard rock, et un peu tout ce qu'on veut en fait, le tout amenée par deux guitares, un violon, des claviers, une vois féminine et... une basse à neuf cordes... Et oui, vous ne rêvez pas, neuf cordes ! Bon, passé le choc, il faut reconnaître que le concept proposé est original, à défaut d'être vraiment jouissif, et desservi par un son assez brouillon. En effet, si certains passages sont redoutablement efficaces, bien qu'assemblés n'importe comment, l'ensemble souffre à termes de longueurs, et les quelques passages plus atmosphériques sont autant de poses bienvenues dans ce déluge de décibels. Ceci dit, durant les 30 minutes qui leur sont allouées, le groupe propose quelques morceaux vraiment excellents, mais j'imagine mal un concert des même bonshommes pendant 1h30.
Ouverture sympathique et originale dira-t-on.

Bigelf :
A peine 5 minutes s'écoulent et les lumières s'éteignent pour laisser retentir la musique de Star Wars, et voilà que les musiciens s'installent. Quand la lumière se rallume, on se demande de quelle planète viennent ces énergumènes. Ils semblent coincés en 1969, à en juger le t-shirt manche longues rose psychédélique du batteur, les petites lunettes du bassiste, le manteau vert (oui, vert) et le haut de forme du chanteur, qui s'occupe aussi des claviers. Mais, niveau musical ,on se rend compte que leur look est cohérent, car on a l'impression que Black Sabbath, Deep Purple et Led Zeppelin se sont donnés rendez-vous pour jouer la musique la plus vintage possible, à grand renfort de claviers organiques, mais sans oublier de propulser des riffs qui tuent.
Contrairement au groupe précédent, on sent une plus grosse authenticité chez Bigelf, des musiciens qui jouent avec leurs tripes et assument pleinement leur look anachronique. On notera aussi l'irruption de Mike Portnoy (batteur de Dream Theater) durant "Blackball" qui viendra faire le pitre et accessoirement prendre d'assaut la batterie pour la fin du morceau.
Très bonne surprise donc, et assurément un groupe au succès à venir. Et puis ils utilisent un minimoog quoi...

Opeth :
Voilà le premier "gros" groupe de cette soirée, j'ai nommé Opeth. J'avoue ne connaître aucun de leurs morceaux, et compte sur le talent du groupe pour être conquis. Et bien ce sera un bilan mitigé, tant on me vante les louanges d'Opeth d'ici, de là, alors que le show auquel j'assiste est bon, certes, très bon même, mais un peu redondant pour les non initiés. Alors oui, le propos est varié, alternant arpèges atmosphériques et déflagrations death/black soutenues par le voix d'outre-tombe d'Akerfeldt, et les musiciens sont irréprochables, mais allez savoir, il manque un petit quelque chose pour rendre cette prestation inoubliable.
Au niveau set-list, le groupe semble jouer quelques vieux morceaux, tels "April Ethereal", qui montrent les racines bien death d'Opeth. Au final, l'heure de jeu passe assez vite, est rythmée par les petites "blagues" du chanteur ("Tout le monde crie "cock" à trois. 1, 2, 3 ! ..."), et achève de chauffer le public avant la venue des stars de la soirée, les vétérans (quoiqu' Opeth n'est pas mal non plus) de Dream Theater.

Dream Theater :
Après une demi-heure d'attente à entendre des reprises de Dream Theater par des instruments à cordes du genre violoncelles (on aura des extraits d' Octavarium, Six Degrees of Inner Turbulences, Erotomania, Ytse Jam, Pull Me Under, As I Am,...), la grand messe peut commencer avec la petite intro simili-symphonique qui amène le coup de tonnerre introductif du dernier album de la bande, Black Clouds & Silver Linings. C'est donc logiquement "A Nightmare to Remember" qui joue le rôle d'opener et fait des ravages dans la fosse (et oui) dès le premier riff destructeur de Petrucci, qui semble moins bouffi que sur les concerts de cet été. Il faut dire que, 15 minutes durant, ce morceau ne nous laisse que très peu souffler et remet à leur place les détracteurs (Eric & Ramsy diraient : "Nous aussi on en a...des tracteurs...") du dernier opus du groupe, car, diable que ce titre est bon et efficace !

En ce qui concerne les membres du groupe, on peut dire qu'ils sont égaux à eux-même, n'en font pas des tonnes, mais jouent, et le font impeccablement bien. Myung reste impassible, comme d'habitude, Petrucci déroule avec une facilité déconcertante, Portnoy fait le guignol et Rudess s'amuse bien avec ses 18 claviers. Quant à James Labrie, même si on le voit disparaître à chaque minutes d'instru, il assure comme un chef ses parties et le public lui mange dans les mains, donc il n'a pas à se plaindre. Tout juste son chant sera un peu à l'arrache sur "Lie" (disons qu'il est fidèle à l'original, qui lui est à l'arrache...).


Ce qui nous amène au point crucial des shows de Dream Theater. Leur setlists font un peu comme le générateur aléatoire d'H2G2 : on prend des chansons au pif, on les met quelque part dans la setlist, et quand ça fait 1h30, adjugé vendu, let's rock ! Bon, je caricature un peu, mais le fait est qu'il n'y a pas 2 setlists identiques chez Dream Theater, soucieux de satisfaire le fan acharné qui irait les voir plusieurs fois, et de rendre justice à des morceaux oubliés depuis des années (comme c'est ici le cas pour "Lie"). De plus, le groupe s'arrange à chaque fois pour ne pas jouer (dans la mesure du possible) de morceaux qu'ils auraient déjà joués au même endroit dans les dernières années. C'est ainsi, que pour ceux les ayant vus au Gods Of Metal (même au Hellfest d'ailleurs), le concert sera intégralement différent, faisant même l'impasse sur le single "A Rite of Passage" et ainsi nous abreuver de plus de morceaux. Car de ce côté-là, ils n'auront pas été avares, allant jusqu'à jouer 1H40, c'est-à-dire sensiblement 10 minutes de plus que sur les autres dates. Alors oui, me direz-vous, 10 minutes, c'est pas grand chose, mais quand, après une doublette infernale "Dance of Eternity/One Last Time" qui voit le groupe partir dans tous les sens mais de façon cohérente (ce passage piano bar, je ne m'en lasse jamais) et avant le destructeur "In The Name of God" le groupe se permet d'offrir le magnifique "The Spirit Carries On", ces 10 minutes deviennent les plus belles 10 minutes qui nous ont été données d'entendre. Car il faut voir la réaction incroyable du public devant ce titre, condensé d'émotions et de simplicité quand après que Rudess ait achevé les dernières notes de "One Last Time", Labrie susurre "Where do we come from? Why are we here?". Définitivement un des grands moments de ce concert.


Sur cette tournée, Jordan Rudess inaugure un nouveau jouet, à savoir un ordinateur à l'effigie de son avatar cartoon (oui, vous savez, avec le chapeau de magicien) reproduisant ses mouvements, guidé par les notes qu'il joue. Il y a du coup un très léger décalage (son appareil n'est pas devin), mais le concept est suffisamment amusant pour être bien reçu, surtout quand l'ordinateur s'émancipe et se livre à un petit duel avec son maître. Et puisqu'on parle de chapeau, le rouge pointu est ce soir de sortie, nous faisant même l'honneur d'un tour sur le crâne chauve de Rudess le temps de quelques morceaux.


Et puis ce soir, Dream Theater est magique, Dream Theater est grand, malgré la courte durée du concert comparée aux tournées d'antan. Nous sont offerts le duo "The Mirror/Lie", redoutable d'efficacité avec ses riffs de plomb, le plus électronique "Prophets of War" où le public est mis à contribution sur le refrain, ou encore le quelconque sur album mais superbe ici "Wither" qui remporte l'adhésion d'un public irréprochable, à fond du premier coup de tonnerre aux dernières notes du somptueux "The Count of Tuscany" livré en (unique mais de 20 minutes !) rappel et hypnotisant la fosse lors de l'interlude aérien laissant Petrucci seul aux commandes avant que les membres du groupe ne le rejoignent petit à petit et n'achèvent en beauté un concert assurément inoubliable en ce qui me concerne.
Je ressors le dos en compote, mais heureux d'avoir assisté à un show qui restera gravé dans ma mémoire à coté des Metallica et autres Avantasia...

Setlist :
A Nightmare to Remember
The Mirror
Lie
Keyboard solo
Prophets of War
Wither
Dance of Eternity
One Last Time
The Spirit Carries On
In The Name of God 
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The Count of Tuscany
PS : désolé pour la mauvaise qualité des photos des 3 premiers groupes, pour cause de "bah jsuis trop loin !" |
Bref je suis maintenant dégouté d'avoir raté ça... Merci Spade de m'avoir mis les boules
Le 27 Octobre 2009